Un dimanche sans goûter

15deniers

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Aug 18, 2021
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(Biographie d'un ado que je fus)

C’était un dimanche après-midi d’avril, bien que maussade et humide, il était ensoleillé chez ma petite amie. Sa chambre, tapissée de posters de groupe anglais, encombrée de bibelots made in très loin, juraient avec ses convictions profondes pour son amour de l’Italie et sa haine pour la société de consommation qu’elle me martelait souvent à mon cerveau à peine sorti de l’enfance. Je découvrais le paradoxe féminin évoqué mainte fois par mon vieux quand j’étais haut comme trois pommes d’api. Mon père a fini par en perdre son langage bolchévique plein de certitude taillée à la serpe, martelé au marteau et plein de mépris envers celui qui contredisait les paroles du barbu marxiste. « La femme est l’opium du peuple » bredouillait-il accablé de ses huit heures d’usine, ses sept bouffées de tabac brun et ses six verres de Kiravi, qui fit ma fortune en bonbons et autres gadgets avec l’argent des nombreuses consignes.
L’ambiance de la chambre était baignée d’une douceur agréable émanant d’un convecteur poussif, d’encens qui vous assaille les sinus à prendre la tangente et de son odeur corporelle parfumée de Trésor. Tout semblait suspendu tel ce pigeon sur sa branche qui roucoulait sa joie volatile au travers du vitrage de la chambre de ma promise. C’est dans cette atmosphère imprégnée de bonheur que nous échangions des regards amoureux béats, agrémentés de caresses malhabiles et de baisers dont on pouvait retrouver la saveur du repas dominical déguster au déjeuner. Elle avait pris en entrée des oursins puis en plat de résistance - toujours par adoration de la botte italienne - des macaronis à la sauce tomate avec deux petites escalopes, et pour finir sur une note sucrée une glace à l’abricot nappée de coulis de framboise.
Qu’elle était jolie avec ses yeux verts moulés dans sa jupe noire et d’un chemisier blanc, cela était en raccord parfait avec mon acné de points noirs et de boutons blanc. Et ses fines jambes parées de gris me donnaient envie d’attraper cette souris en me réjouissant que je ne serais jamais une tapette.

Devant l’impétuosité de mes assauts d’ado juvénile maladroit sur son corps tout aussi juvénile ; d’avoir ruiné son collant, avec le bracelet de ma montre bon marché, d’une grande échelle dont j’aurai bien désiré monter quelques échelons ; de mes mots élogieux susurrés à son oreille vierge de tout piercing ; de ne plus dissimuler une frénésie pressante envers les charmes irrésistibles pour son beau sexe, elle se détacha de mes étreintes telle une moule à son bouchot avec un sourire vermillon de chez Gemey qui avait le pouvoir d’assagir aussitôt mes insatiables pulsions ou plutôt de les mettre en veille. Elle se dirigea vers une étagère remplie de disques compacts. Quant à moi, mon regard s’extasiait sur une photo d’une femme inconnue, épinglée au-dessus du bureau, elle arborait avec un air plein de vanité sa généreuse poitrine nourricière à peine couverte d’un bustier trop étroit. Un peu comme moi avec ma virilité dans son jean Lee Cooper. Son choix fait, elle inséra la galette plastifiée dans le lecteur et de la télécommande appuya sur le chiffre un.
C’était U2, et Bono me chantait Sunday bloody Sunday sous le regard de ses yeux amusés de ma copine, couleur trèfle comme l’Irlande. Son petit sourire malicieux me fit comprendre que l’exilé fiscal évoquait aussi une métaphore : celle qui impose un périmètre intime hebdomadaire à ne pas franchir pour les hommes avec la menace réelle de sauts d’humeurs composés de larmes et de cris. En bref, je devais rester sur la béquille, impossible de tremper le biscuit alors que venait de sonner l’heure du goûter.

En relisant mon récit depuis le début, j’aurai du m’apercevoir qu’il était parsemé d’indices qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille et renvoyer le chien dans sa niche.

Je me levais et scrutais son étagère. Je savais qu’elle avait, outre un engouement pour la musique contemporaine mais aussi un petit faible pour la musique de chambre. Je saisissais ma trouvaille, achevait le solo de guitare de The Edge, introduisait le disque dans la fente et plein d’assurance qui caractérise le mâle dominant voulant assouvir coûte que coûte à se libérer d’impatientes gamètes à la flagelles frétillantes, je lançais la platine CD qui diffusa la flûte enchantée de Mozart…
FIN
 
L

Lough

Invité (Guest)
Très beau texte ! Dommage que tu n'as pas pu aller plus loin. Ça aurait été un plaisir délicat de lire comment tu l'aurais allégée de son collant. 😊
 
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